J’ai découvert ma quête.

Je cours officiellement depuis bientôt 6 ans. Je dis officiellement parce que ce sont des années durant lesquelles j’ai payé pour m’inscrire à des courses organisées et pour lesquelles j’ai suivi des plans d’entraînement spécifiques.

Des années au cours desquelles je me suis convaincue qu’au fil du temps et des entraînements il me faudrait constamment améliorer mon temps. Dans mon cerveau, c’était logique. Plus tu t’entraînes, plus tu t’améliores. Plus tu t’améliores, plus tu cours vite. Je lisais des articles sur l’amélioration du fameux PB (personal best) et je rêvais de toujours faire mon meilleur temps. Je me remplissais la tête de chiffres et de calculs théoriques. Jusqu’à ce que je frappe un mur en juillet 2014.

En février 2013, j’entreprends l’entraînement de triathlon. Je suis emballée et j’ai des défis plein la tête. Durant 16 mois, m’entraîner occupe une grosse place dans ma vie. Arriver à combiner le travail, les activités des enfants, la vie sociale et les séances de natation-course-vélo relève des plus grands virtuoses de jonglerie. Durant ces mois, je participerai à une course de 5km, de 10km, deux demi marathons, deux triathlons sprint, un triathlon olympique et deux Ironman 70.3. À partir de ma dernière compétition à Tremblant à la fin juin 2014, tout se met à aller de travers. Énergie à plat, goût de l’entraînement à zéro, frustration envers un corps qui refuse de faire ce que ma tête lui dicte, rien ne va. Durant l’année suivante, toutes mes courses ont un arrière goût de défaite. Mes belles théories de l’amélioration sont anéanties. Plus je m’entraîne, moins je m’améliore, et moins je vais vite. Je ne suis pas la super woman que je croyais être et je suis en deuil. Il me faut du repos, un peu de recul, mais aussi rapidement trouver une solution avant de tout abandonner. Cette solution s’est présentée sous forme d’une invitation surprise au printemps 2015.

Plus ou moins prête puisque je n’y étais pas inscrite, j’ai eu la chance d’être invitée à me joindre à un groupe d’amis participant au weekend des courses à Ottawa. La logique aurait voulu que je décline, mais le petit diable dans ma tête, celui qui prend souvent les décisions pour moi, en avait décidé autrement. Au demi marathon du dimanche matin s’est ajouté à la dernière minute le 10km du samedi soir. J’ai donc parcouru 31.1km en dedans de 16 heures, une belle distance pour avoir amplement le temps de réfléchir. N’ayant pas eu la chance de me préparer à fond pour ces courses, je pouvais difficilement me fixer un objectif de temps. Le 10km, je l’ai parcouru au rythme de mes amies Cindy et Rousse, en les filmant, les prenant en photo, et surtout en vivant le moment à travers leurs yeux. Le passage du fil d’arrivée fut un moment de joie intense avec le sentiment d’avoir réalisé quelque chose de grand que je ne mesurais pas encore.

Puis vint le matin et le départ du demi marathon, avec un grand point d’interrogation dans ma tête. J’allais probablement faire le pire demi de ma vie de coureuse, est-ce que j’étais prête à l’accepter ? J’avais au moins deux heures devant moi pour y penser. J’ai perdu Jean-Seb dès le départ, puis Chantal et Marylène, et j’ai finalement laissé aller Éric au 15e kilomètre. Je me suis retrouvée seule dans la foule avançant péniblement (perdue dans mes pensées, pas vu un trou, tordu un pied et bousillé un orteil, c’est la vie). Et j’ai pleuré. Des grosses larmes chargées de toutes les émotions que je transportais depuis des mois. C’est là qu’une grande brunette en camisole grise m’a mis la main sur l’épaule en me dépassant, me disant seulement : «Tu sais que tu vas finir, ça va bien aller.» Et j’ai eu une révélation, une de celles qui changent la vie. Elle venait juste de me faire comprendre le vrai but de toutes ces folies que j’accomplis depuis des années. Finir. Peu importe comment, peu importe après combien de temps. Juste finir. J’ai senti un poids s’enlever littéralement de sur mes épaules, un poids que je m’étais imposé moi-même. J’ai passé le reste de la course à sourire, à m’arrêter aux tables d’eau pour remercier les bénévoles, et à encourager les participants autour de moi qui semblaient en avoir besoin. J’ai franchi le fil d’arrivée toute seule avec mon nouveau but en tête, sachant que ce n’était pas une fin mais bien un début.

J’ai retrouvé mes amis et j’ai encore beaucoup pleuré. Des belles larmes de joie cette fois. Chacun et chacune avait une histoire à raconter, et je me trouvais tellement privilégiée d’en faire partie ! Cindy et Rousse ne le savent probablement pas, mais franchir le fil du 10km avec elles a ouvert une petite brèche dans la carapace d’attentes rigides dont je m’étais entourée. La belle étrangère du demi n’aura eu qu’à porter le coup final pour la faire craquer complètement. Avec tous les moments intenses du weekend était arrivé ma nouvelle quête. J’allais oublier ce que j’avais lu sur le «PB» (vous vous souvenez du fameux personal best ?) car c’était sur l’atteinte de mon «IB» que je voulais dorénavant travailler, mon Indice Bonheur. Avec le recul, je sais que durant cette fin de semaine, mon IB était haut. En toute humilité, je suis certaine de toujours pouvoir l’améliorer. Regardez moi aller !

Le trio sourire!

Le trio sourire!

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Une image qui voudra toujours dire beaucoup…

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A propos agirlrunning

just an ordinary girl on an extraordinary running journey
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2 commentaires pour J’ai découvert ma quête.

  1. stephanie dit :

    Merci pour ce moment de réflexion qui fait baisser la pression que chacune de nous s’impose pour différentes raisons.

  2. Ce billet tombe à point pour moi, j’ai justement écrit le mien sur la course cette semaine: http://bonheurparjour.blogspot.ca/2015/06/petit-bonheur-en-devenir-la-course.html Je retiens l’indice de bonheur, car c’est de cet angle que je veux voir la course maintenant. Merci à vous chère inspirante 😉

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