Le sac de trail mix

Aujourd’hui j’ai 44 ans. Je ne sais pas pourquoi mais réaliser que je suis à un doublé de chiffres dans la quarantaine m’a un peu saisie, plus que 22 ou 33. Je ne crois pas que ce soit le fait de vieillir puisque j’ai décidé que depuis mes 30 ans ce sont des années d’expérience que j’ajoute simplement au fil des pages qui tournent sur le calendrier. C’est plutôt une question qui m’est venue en courant toute seule dans la noirceur du matin. Est-ce que je suis rendue à la moitié de ma vie? Peut-être pas, mais sûrement très près. Je me suis demandé ce que j’avais envie de mettre dans cette nouvelle moitié. Un texte lu il y a quelques temps sur «le sac de bonbons» m’est revenu en tête. (Je vous laisse fouiller le web!) Mes réflexions m’ont amenée un peu plus loin pour former cette image qui me ressemble plus, l’image d’un gros sac de noix style «trail mix».

Voici exactement comment je consomme un sac de trail mix commercial dans une situation où j’ai faim et j’ai besoin d’énergie. Je commence par enlever tous les raisins secs simplement parce que je ne les aime pas du tout. Étrangement, ils comptent souvent pour une très grande partie du sac, ils diminuent donc considérablement et rendent plus «précieux» ce qui reste à manger. Ensuite, les premières bouchées sont en grosses poignées toutes mélangées et l’explosion des saveurs provoque un effet de satisfaction immédiat dans mon cerveau. Puis arrive le moment où je commence à en avoir assez, où mon besoin primaire est comblé. Et je deviens sélective, surtout pour la dernière poignée. Je procède à manger les ingrédients en ordre décroissant de préférence pour garder les meilleurs pour la fin. Je vais par exemple commencer par les graines de tournesol et de citrouille, suivi des noix de Grenoble et des amandes, les noix de macadam seront les suivantes et si par bonheur le mix contenait quelques M&M, ils sont les derniers dans ma main. Je les savoure. Je les fais durer longtemps.

C’est exactement comme ça que j’ai envie de traiter les années qui restent dans mon sac de vie. J’ai le goût de choisir de mettre de côté les situations, les projets ou même les gens que je n’aime pas plus que les raisins secs. Du moins, je veux essayer de m’éloigner d’une bonne majorité. Et dans quelques années, quand j’aurai savouré l’explosion de tous les moments intenses que m’apportent ma vie de famille et tous les projets que j’ai envie de réaliser, je deviendrai sélective en ordre de préférence. Je veux garder les bons moments pour la fin. Ce serait mission accomplie pour moi de ne pas avoir conservé de rancunes, de chicanes, de tracas inutiles, ou de raisins pour la fin.

Je pourrais entrer dans un magasin d’aliments en vrac et faire moi-même mes mix en utilisant seulement les ingrédients qui me plaisent. Mais dans mon histoire, le parallèle avec la vie serait faussé puisque, tout en étant convaincue de notre responsabilité sur les situations du quotidien, il y a tout de même un lot de moments dans une vie que je ne suis pas encore convaincue avoir choisis. Je sais que les raisins ont une valeur d’apprentissage qui font la personne que je suis et que je deviens. Je me souhaite simplement de tout cœur arriver au bout de mon mix de vie avec une dernière poignée de M&M et de prendre le temps de les savourer, les yeux fermés, avec le plus grand des sourires satisfaits.

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Partir en voyage, revenir Ironman

J’arrive à peine à réaliser qu’il y a maintenant une semaine, Mike Reilly m’annonçait devant la foule survoltée du Ironman de Lake Placid « Nathalie Sanfacon, you are an Ironman ! » L’idée s’installe tranquillement au fur et à mesure que les courbatures et les inconforts s’estompent. J’ai fait ça. Moi. Je suis une Ironman. La question qui m’a le plus fait sourire depuis est inévitablement « Combien de temps ça t’a pris ? » La réponse la plus courte et la plus facile serait une série de chiffres, des heures suivies de minutes et de secondes. Mais j’ai pris le temps qu’il fallait, et c’était parfait. Car au delà des nombres, il y a une grande histoire.

Il était une fois une fille bien ordinaire. Elle avait l’air tout à fait normale avec son travail, son mari, ses enfants. Juste une mère comme les autres jonglant au quotidien avec l’horaire d’une vie familiale bien chargée. Personne en la croisant à l’épicerie n’aurait pu se douter qu’elle menait en fait une double vie depuis 4 ans et demi. Et pourtant.

Tout avait commencé par une simple question posée lors d’un souper par celui qui allait devenir mon coach et mentor pour les années à venir. Mon conjoint était déjà inscrit à son premier demi Ironman à l’époque. « T’aurais pas le goût de faire ça avec ton chum ? Je suis sûr que tu en serais capable.» Je me souviens de l’accélération de mes pulsations et du sentiment d’être en train de sauter sans parachute lorsque le courriel de félicitations pour mon inscription est entré dans ma boîte de réception quelques semaines plus tard. Moi, la fille qui n’avait jamais nagé et qui ne possédait plus de vélo depuis l’adolescence, je venais de me catapulter à des années lumières de ma zone de confort. Je venais d’ouvrir la porte d’un monde parallèle qui allait transformer ma vie.

C’est dans cet univers que j’allais passer des heures à m’entraîner, souvent pendant que la ville dormait.

C’est là que j’allais vivre mes plus grands moments de doute et de crainte mais aussi mes plus douces satisfactions et grandes réalisations.

J’y rencontrerais des super héros qui m’aideraient à bâtir mon expérience et ma confiance. J’y entendrais aussi sans les écouter ceux qui tenteraient de me faire croire que je n’avais plus de vie, alors que je ne m’étais jamais sentie aussi vivante. Je n’ai pas fait de sacrifices, que des choix.

C’est dans cet espace greffé à mon quotidien que les jours deviendraient des semaines, des mois puis des années pour transformer une fille ordinaire et craintive en Ironman. Un monde parallèle extraordinaire duquel je suis en vacances pour l’instant mais dont la porte n’est définitivement pas fermée.

Combien de temps prend la préparation pour un tel événement ? Plusieurs vous répondront entre 10 mois et une année. Spécifiquement, peut-être. Pour ma part, ce sont 4 années et demie remplies par deux triathlons sprint, deux olympiques, trois demis Ironman, plusieurs courses de différentes distances et d’innombrables heures d’entraînement. Ce sont des années d’accumulation de souvenirs, de sentiments liés à des images très précises ramassées au fil des endroits visités. En douceur, graduellement, avec patience. Il y a un dicton qui avance que pour connaître vraiment une personne il suffit de partir en voyage avec elle. Toutes ces années passées à parcourir l’univers du triathlon aura été la plus belle façon de me découvrir. Je suis partie en voyage et je suis revenue Ironman.

Ce que j’ai le plus de difficulté à faire pour l’instant est de raconter la journée même de l’événement. Elle a été aussi difficile et merveilleuse que prévue, dans un décor à couper le souffle. J’en ai rêvé pendant des mois, je l’ai visualisée et planifiée quotidiennement durant les dernières semaines, et elle s’est passée exactement comme j’en ai eu envie. Je n’ai pas encore le goût de la décrire en mots. C’est une montagne russe d’émotions différentes d’une heure à l’autre et je crois qu’il fallait la vivre pour en saisir l’intensité. Tous mes sens sont encore émerveillés.

Il me reste aujourd’hui une gratitude sans fin pour tous ceux qui ont fait partie de l’aventure. Mes amis, ma famille, ma chiro, ma nutritionniste, l’équipe de mon bike shop, mes incroyables partenaires d’entraînement, mon fidèle coach au grand cœur, mes extraordinaires et généreux enfants et par dessus tout, le meilleur complice dont on puisse rêver pour vivre toutes ces péripéties, mon grand amour de chum. Il me reste aussi un bout de film qui me revient en mémoire à tout moment de la journée. J’avance sur un tapis rouge avec une grande arche au bout, de la musique rythmée joue à plein volume, des lumières brillent sur une foule bruyante au milieu de la quelle se trouvent des visages connus que je suis folle de joie de retrouver. Puis, la fameuse voix annonce «Nathalie Sanfacon, you are an Ironman Nathalie !»

 

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21 kilomètres tous neufs

J’ai choisi d’être ce matin en un endroit où la Vie m’offrait 21 kilomètres tous neufs. Des kilomètres vierges, sans souvenirs, faits pour être remplis d’images et d’émotions neuves. Une succession de pages blanches prêtes à accueillir une nouvelle histoire. Et j’ai rempli chaque espace, parce que le temps passe trop vite et que chaque bulle de bonheur mérite d’occuper une place importante et d’être célébrée.

Il y a les kilomètres où j’ai pris le temps d’encrer les sourires d’une belle gang réunie dans le plaisir. La vie en communauté dans le partage et le respect, riche des discussions sur les objectifs de chaque personne autant que des échanges sans buts parsemés de fous rires incontrôlables.

Il y a eu les kilomètres qui sont liés aux émotions de redécouvrir les courses d’Ottawa à travers les yeux émerveillés de nos recrues avec tout ce que ça comporte de joie, d’excitation et de larmes de bonheur. J’ai revécu à travers leurs yeux la découverte d’un événement d’envergure dans une ville accueillante et généreuse.

Il y a eu les kilomètres qui représentent les accomplissements de chacun qui m’ont encore une fois fait comprendre combien nous devons respecter notre machine autant que l’épreuve. Côtoyer tous ces participants durant la fin de semaine m’a encore plus fait comprendre le grand privilège de pouvoir accomplir mes défis, et l’immense bonheur de le faire en compagnie de gens que j’aime.

Il y a eu les kilomètres qui se sont remplis d’euphorie pour l’amitié, l’amour et le dépassement de soi qui ont peuplé le week-end.

Pour chaque kilomètre neuf qui s’offrait à moi s’est installé un nouveau souvenir. La Vie est fantastique !

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Pour un simple morceau de métal

Un dimanche matin au New Jersey. Le lever de soleil derrière les buildings qui bordent le boardwalk est à couper le souffle. Même la Lune encore pleine doit être impressionnée. Le vent est déjà bien présent, comme pour nous assurer qu’il nous tiendra compagnie toute la journée. C’est la première fois que j’assiste seule au départ de la première vague de natation. Il n’y a pas de vague de pros, et c’est le groupe d’âge de mon chum qui ouvre la première édition de l’Ironman 70.3 Atlantic City. Je prends le temps d’apprécier le grand privilège que j’ai de vivre une autre belle aventure de triathlon en compagnie de l’homme de ma vie. Il est dans la chute en attente de sa mise à l’eau, je suis de l’autre côté de la clôture, et j’ai une grosse boule dans la gorge.

L’hymne nationale américain réussit toujours à m’émouvoir à un niveau que je ne saisis pas vraiment. L’homme qui l’interprète ce matin y met un tel cœur, que tous les athlètes tournés vers le drapeau pleurent. Je suis bouleversée. À ce moment, ayant été déconnectée des nouvelles depuis plusieurs heures, je ne sais pas qu’une bombe a explosé à Manhattan et une autre au New Jersey hier. Je comprendrai seulement plus tard le nombre impressionnant de policiers déployés le long du parcours et la présence des camions de l’escouade anti-bombe en quelques endroits. Pour l’instant, je ressens seulement une grande émotion que j’attribue à la nervosité et à la fierté de savoir que, parmi les 246 casques jaunes qui entrent dans l’eau du canal, il y en a un porté par celui que je suis déterminée à rejoindre au fil d’arrivée quoi qu’il arrive. Le signal retentit. C’est parti.

On nous a avisé que des courants imprévus durant la nuit ont rendu une portion de la natation trop risquée et que les bouées ont été déplacées pour enlever 300m au parcours. Je m’étonne des gens qui chiâlent autour de moi car je me dis que les organisateurs doivent savoir ce qu’ils font. J’entre dans l’eau avec les femmes de ma vague, la 6e, en me rappelant immédiatement combien le feeling de l’eau salée est saisissant dans les premiers mètres. Je suis étrangement relaxe au départ, ma natation se déroule sans trop d’accrochage, mais je n’en reviens pas de constater à quel point l’eau est opaque. Je ne vois aucune des nageuses qui m’entourent, même pas mes propres mains au bout de mes bras. J’ai l’impression d’être souvent déviée de ma trajectoire, et j’essaie de me repérer avec les buildings sur la ligne d’horizon.

J’entends crier et je sors la tête de l’eau. Des bénévoles sur des planches et des kayaks crient en faisant des grands signes près d’une bouée : « Turn here ! Turn around here ! » Dans ma tête, je me dis que c’est allé un peu trop vite. En contournant la bouée du retour, nous devons livrer bataille à un courant de face et une légère panique s’empare de moi quand je prends un bon bouillon et que je réalise que j’avance à peine. Je lève les yeux, aperçois le quai, et je mets toutes mes pensées en mode «rejoindre une des échelles le plus rapidement possible». Une fois sur le quai, j’ai les jambes tellement molles que je n’arrive pas à courir jusqu’à la transition. Ce n’est qu’à la fin de la journée que nous apprendrons que la distance de ma vague a été écourtée, et celle des dernières vagues encore plus. Plus d’une trentaine de nageurs ont été déportés par un remous dangereux et ont dû appeler à l’aide.

Je me calme et prends le temps de bien me préparer dans l’aire de transition. Le soleil est déjà brûlant, il n’y a pas un nuage en vue, et l’intensité du vent a augmentée. Je m’élance pour un 90km de vélo sans histoire, si ce n’est que le vent nous surprend sur bien des sections du parcours et que je dois refaire le plein à 45km car mes deux gourdes sont déjà vides. Les bénévoles à la station sont fantastiques, souriants et pleins d’attentions. Il en est de même pour les 800 personnes présentes à donner de leur temps pour que nous puissions nous amuser à faire ce sport. C’est mon grand coup de cœur de la journée.

En accrochant mon vélo sur la barre, je sens mes cuisses lourdes et raides. J’ai peut-être un peu trop poussé sur les pédales pour mes capacités de cycliste. J’entame la course et j’ai l’impression d’être dans un fourneau. Avec plus de 30° sous un soleil de plomb, nous sommes loin des 22° avec nuages et gouttes prévu par la météo. Déjà, après seulement trois kilomètres, plusieurs athlètes marchent. Ce sera un très long demi marathon. Sur le boardwalk longeant l’océan, aucune ombre pour nous donner un peu de répit. Le vent brûlant ne donne pas un gros coup de main les rares instants où il parvient à nous rejoindre à travers les dunes et les hôtels. Après 10km j’ai des crampes dans les jambes, dans les pieds et dans le ventre. J’arrête sous toutes les douches le long de la plage et à toutes les stations pour de la glace et des éponges froides. Le monologue dans ma tête ressemble à ça : « Cours jusqu’à la prochaine douche et après on verra. Cours jusqu’à la prochaine table et après on verra. »

L’arche d’arrivée se présente comme un mirage en plein désert. Instantanément, toutes les heures qui viennent de s’écouler n’ont plus de poids. C’est terminé, je l’ai fait. J’accepte ma médaille des mains d’une bénévole à l’immense sourire. J’ai fait tout ça pour un simple morceau de métal. Un morceau de métal qui, jusque-là, pendait d’un ruban avec des centaines d’autres identiques à lui. Un morceau de métal qui, une fois ramené à la maison, deviendra un symbole chargé de souvenirs et d’émotions. Je la tiens à deux mains, comme pour m’assurer que j’y suis vraiment arrivée, quand j’aperçois la même au cou de l’homme de ma vie qui me souris dans la foule. Aucun doute, je suis arrivée.

Un lundi matin au New Jersey. Atlantic City se réveille en pleine tempête. La pluie et le vent balaient la ville, le ciel est d’un noir à faire peur. Il aurait pu faire cette température hier. Mon sommeil a été agité par des spasmes aux jambes, par les brûlures de frottement ici et là, et par une légère insolation. Mais tout ça n’est qu’un détail. Nous apprenons que la nuit précédant la course, le canal où nous avons nagé s’est vidé de son eau et que les bateaux reposaient sur la boue. Une combinaison de la tempête en approche et des marées de la pleine lune ont failli forcer les organisateurs à canceller la natation. L’eau opaque, les remous, le courant, tout prend un nouveau sens.

Quelle équipe extraordinaire nous avons rencontré, des gens qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour s’occuper des athlètes d’une façon aussi généreuse que sécuritaire. J’y repense et je souris. La vie est remplie d’imprévus et nous avons choisi un sport qui nous tient à la merci des éléments. Mais nous avons aussi choisi un sport qui nous amène un grand sentiment d’accomplissement. Merci du fond du cœur à tous ceux et celles qui ont rendu cet événement possible. Mes félicitations les plus sincères à tous les athlètes présents. Toute ma gratitude à mon chum, mon grand complice qui m’endure dans mes moments de doute et me fait toujours sentir meilleure que je le suis. Elle est fantastique ma vie !

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Si c’était ta dernière course?

« Pas le goût, il fait trop chaud et il est rendu trop tard dans la journée. Si je fais 10km plutôt que le 12km prévu, c’est quand même bon, non ?» Ce sont les excuses qui tournaient dans ma tête avant un de mes entraînements. Et j’ai bien failli flancher. Puis, une question m’est venue spontanément : « Et si c’était ta dernière course, comment l’aborderais-tu ? » Wow.

Tout d’abord, un petit mot sur mon état d’esprit du moment. Je venais de faire plus de 2000 km de route pour assister aux funérailles d’une tante très chère à mon cœur, et voir disparaître avec elle un pilier important de mon histoire familiale. J’étais physiquement et émotionnellement fatiguée, et je crois que c’est la réalisation de notre passage éphémère dans la vie qui a suscité cette réflexion.

Alors ? Si c’était ma dernière course, est-ce que je serais capable de la rendre spéciale ? Je me suis donc lancée, un kilomètre à la fois, dans une réflexion complètement zen de l’entraînement. Le soleil de plomb de l’heure du dîner est devenu moins pénible quand je me suis mise à contempler mon ombre en plein travail. Pour la première fois, j’ai pris le temps de me «regarder» courir à travers ma silhouette noire sur la piste. Mes jambes qui gardaient la cadence, lente mais constante, au diapason avec mes bras. Les îlots d’ombrage des portions de forêt plus dense sont devenus de vrais oasis de fraîcheur remplis d’odeurs de feuilles et de terre très agréables. Tout ce que j’ai croisé était agréable à regarder, des quenouilles le long la marre à grenouilles aux fleurs sauvages bordant les champs. Chaque kilomètre m’a offert une expérience différente. J’ai lâché prise sur le temps et la vitesse et j’ai existé pendant 12 kilomètres sans en sauter un seul. Si c’était ma dernière course, je ne voulais surtout pas en manquer un seul bout.

Je me suis surprise à revenir à la maison avec un grand sourire. Je ne sais pas pourquoi j’en étais venue à être autant exigeante envers moi-même. Je suis une amateure, je le fais par pur plaisir. M’entraîner zen, en existant à part entière dans le moment présent et comme si c’était la dernière fois, quelle expérience fantastique !  Il ne reste qu’à voir où je vais aussi appliquer cette nouvelle approche…

Si c’était ma dernière brassée de lavage ? Si c’était la dernière fois que je faisais la vaisselle ? Ou peut-être je découvrirais qu’être zen 100% du temps c’est fatigant…

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P.S. Je sais que tu m’aimes

Aimer et partager sa vie avec une coureuse n’est pas toujours de tout repos. Comment je sais que tu me supportes dans ma quête de devenir la meilleure version de moi-même ?

Je le sais parce que les gestes parlent plus fort que les mots. Ils parlent plus fort que tous les mots que nous ne prenons pas souvent le temps de nous dire. Je les vois, ils ne passent pas inaperçus et je ne les prends pas pour acquis.

Tu m’accueilles au retour d’un entraînement en me demandant comment a été ma course.

Tu écoutes patiemment les anecdotes pas toujours intéressantes de mes entraînements.

Tu me gardes les portions de circulaires avec des articles de sport que tu sais qui pourraient me plaire.

Tu parles à tes amis de mes efforts et de mes accomplissements avec fierté.

Tu te portes volontaire pour m’accompagner comme supporteur et garder mon sac d’effets personnels pendant des courses.

Tu ne me fais jamais sentir coupable de prendre du temps pour moi, au contraire, tu m’encourages et m’aide à libérer ce temps dans mon horaire.

Tu me dis que tu me trouves belle et que tu me trouves bonne.

Tes gestes parlent plus fort que les mots, et le fil d’arrivée est toujours un endroit rassurant quand je sais que tu m’y attends.

P.S. Je sais que tu m’aimes.

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Une photo coup de coeur de l’événement Une Fille qui Court 2016 derrière l’inspiration pour ce texte. Une photo remplie d’amour…

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Entre deux cocottes

Fin d’après-midi, il pleut, et je pars courir. Honnêtement, je n’ai pas le goût. Je suis fatiguée, j’ai une montagne de boulot, à peu près six brassées de lavage à faire, je n’ai pas le temps mais je le prends. Parce que je sais que dans 500 mètres, la grisaille dans mon cerveau aura disparue et celle de l’extérieur ne me dérangera plus.

On pourrait dire que c’est laid dehors. Il reste des étendues de neige sale, la rue est sale, les trottoirs sont sales, un après-midi de printemps typique. Mais ça sent bon, ça sent la pluie et la terre qui commence à respirer, ça sent la promesse du beau temps à venir. Je tourne le coin d’un terrain vacant parsemé de grands conifères et une chose capte mon attention. À quelques pieds de moi il y a un éclat de violet. Une seule tache de couleur dans cet étendu de brun. Je m’approche. Entre deux cocottes, brunes et séchées, datant de l’automne passé, sur un lit de bouette et d’aiguilles mouillées, se trouve un petit crocus.

Je repars en souriant et je me dis que c’est ça la vie. Cette petite fleur-là n’a pas attendue que tout soit parfait autour d’elle pour pousser. Elle est sortie vibrante et colorée dans la boue et le sale qui l’entourait. Je me suis questionnée. Est-ce que je me permets d’être un crocus quelques fois ou bien je me laisse étouffer par les autres qui voient seulement la bouette qui les entoure ? Est-ce que j’ose sourire quand les autres bougonnent ? Est-ce que j’ai le courage de penser violet dans une foule de gens qui pensent brun ?

crocusCette petite fleur était la plus belle image de ce que veut dire oser être soi-même. Sortir du cadre. Vivre sa vie comme on en a envie, pour se plaire avant tout, au risque d’être différent. Au risque d’être unique. Pis oui des fois le bonheur dérange. Pis ça énerve quand on pense pas comme la majorité. Mais c’est comme ça qu’on grandit, qu’on vit les plus belles aventures, les histoires les plus intenses. J’espère pouvoir inculquer ça à mes enfants. Parce qu’inévitablement, il va y avoir de la bouette et des vielles cocottes dans des bouts de leur vie. J’ai le goût de leur dire : «Laissez faire le sale. Entre deux cocottes, il y a un monde d’opportunités! Soyez des crocus ! Osez !»

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